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La saga d'une famille de restaurateurs français :

 

 

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Le restaurant Le Dauphin a une longue histoire à Casablanca. Il appartient à une famille française depuis 56 ans. De par son ancienneté dans la ville, il fait presque partie du patrimoine local. C'est une adresse bien connue de beaucoup de casablancais qui viennent souvent y dîner ou déjeuner et lui sont fidèles depuis des années. La plupart des touristes de passage ne quittent pas la ville avant d'y avoir dégusté du poisson frais. Il figure d'ailleurs en bonne place dans la plupart des guides touristiques nationaux et internationaux.


La taverne avait été ouverte à la fin des années 50 par une famille d'espagnoles, les Correa. Au départ, l'idée était de mettre à la disposition des marins un lieu convivial où ils pourraient se retrouver autour d'un verre et manger du poisson, après une rude journée de travail.

En 1956, Marguerite Besniard, une française de 55 ans achète l'affaire. Depuis, la même famille règne en maître sur l'établissement.
Aujourd’hui, les patrons, c'est Jean-Claude et Marc et leurs deux épouses respectives contribuent également à la gestion du restaurant. Jean-Claude et Marc Kerinec sont en fait les deux petits-fils de Marguerite Besniard, de son premier mari, un ancien officier de la marine nacional.
Née à Paris en 1903, de famille normande, elle aide ses parents à préparer des gamelles pour les soldats sur le front de la Marne pendant la guerre 14-18. A 17 ans, elle part pour Marseille, où elle se marie avec un officier de la Marine. Marceau (le père de Jean-Claude), naît de cette union.


A 36 ans, Marguerite divorce et part à Dakar, où elle se remarie. Elle achète un hôtel restaurant, dont elle s'occupe pendant cinq ans avant de rompre à nouveau les liens de son mariage et de se remarier. Son mari travaille à Casablanca, elle décide de le suivre et de liquider son affaire. En 44, Marguerite rejoint donc la capitale économique du Maroc et ne la quittera plus. Au cours des quinze années suivantes, elle gère plusieurs affaires, dont un café, un bureau de tabac et un magasin de vélo et se remarie deux autres fois! En 58, sa vie prend un autre tournant: elle acquiert le Dauphin, qu'elle conservera toute sa vie.


Après avoir quitté Marseille pour rejoindre sa mère à Casablanca, Marceau fait plusieurs boulots mais sa grande passion reste la pétanque. Il en est d'ailleurs champion du Maroc plusieurs années de suite. Après une petite brouille avec sa mère en 58, il retourne dans sa ville natale pour y tenter sa chance. Entre temps, Marguerite travaille à l'amélioration de son restaurant. Elle peaufine les menus, améliore la qualité du service et fidélise la clientèle.

En 64, elle prend un associé, Joaquim (un monsieur que tout le monde appelait Moustache) pendant dix ans. En 74, Joaquim s'en va, l'occasion pour Marceau de revenir, accompagné de sa femme Elisabeth et de ses trois enfants Jean-Claude, Martine et Marc, âgés alors de 13, 12 et 9 ans.
Marceau reprend donc les affaires en main car sa mère, à 71 ans, commence à se faire vieille.

Cinq ans plus tard, il est atteint d'une pleurésie, une maladie qui nécessite beaucoup de soins. Jean-Claude, son fils aîné, a alors 18 ans. Il est en terminale C. Appelé d'urgence à Casablanca pour donner un coup de main, il arrête ses études, effectue son service militaire obligatoire et rejoint le Dauphin en décembre 80, avec son épouse Solange. «C'était une belle histoire d'amour. Je n'ai pas été la chercher bien loin puisqu'elle était ma voisine de pallier », raconte Jean-Claude, un sourire aux lèvres.
«Au début, ce fut très dur. Nous travaillions sept jours sur sept 17 à 18 heures par jour. Il fallait satisfaire les caprices de grand-mère et ne pas la contrarier. Nous respections sa passion pour les animaux. Nous étions aussi aux ordres du pater, qui était un peu dur», se souvient-il. En 85, Marguerite se décide à fermer le restaurant tous les dimanches soirs, un grand soulagement pour Jean-Claude et Solange. Une année plus tard, Le Dauphin ferme ses portes tous les dimanches. C'est alors une véritable libération pour les deux jeunes époux et enfin l'occasion de passer plus de temps avec le petit Cyril (4 ans) et bébé Priscilla.


A 27 ans, en 88, Jean-Claude décide de passer à la vitesse supérieure. Il achète le garage mitoyen du restaurant et l'aménage en seconde salle à manger ce qui permet d'agrandir l'établissement. Très vite, l'investissement est rentabilisé: le chiffre d'affaires est multiplié par trois, à la grande joie de la famille.
A l'époque, Marguerite, du haut de ses 85 ans, supervise encore l'affaire et Marceau continue de se soigner en allant chaque année passer plusieurs mois à Marseille. Deux ans plus tard, en 90, à l'âge de 87 ans, Marguerite s'éteindra dans sa villa à Casablanca.

L'année suivante, Marc arrive avec son épouse Estrella pour participer à la gestion du restaurant. Dès lors, les responsabilités et les tâches seront partagées. Jean-Claude et Solange pourront souffler un peu. Marceau sera emporté par la maladie quelques années plus tard, en 97, laissant ses deux fils prendre définitivement la relève.


«Chaque année, nous avons essayé d'apporter des améliorations dans la carte, la décoration, le service et l'aménagement», affirme Jean-Claude et Marc.